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La voie du Désir : Recension par Marion Duvauchel

La voie du désir

Selon le mythe d’Eros et Psyché nouvellement traduit par Bernard Verten

Jean-François Froger, Editions DésIris, 1997
Recension : Marion Duvauchel

Au commencement était la beauté… בראשית היהא החן

Publié en 1997, La voie du désir de Jean-François Froger n’a pas pris une ride. Original dans sa construction, l’œuvre constitue une illustration des théories anthropologiques de l’auteur à propos du mythe. On trouve dans cet ouvrage à l’état de « semences » ce qui sera développé dans les ouvrages ultérieurs. Le mythe est une connaissance inconsciente, une « procédure archaïque qui consiste à dire un sens profondément symbolique et caché, issu d’une connaissance inspirée ou inconsciente. Profondément énigmatique, il pose une question dont la réponse est inhérente à ses propres voies d’accès. Il en est ainsi d’Œdipe, de Moïse et … de Psyché : « la fable d’Apulée est une mise en scène littéraire d’un mythe ». L’auteur nous en livre progressivement le jeu de clés herméneutique.

L’histoire de Psyché et d’Eros – cette « fable littéraire – apparait dans les livres IV, V et VI des Métamorphoses d’Apulée, qui retracent les aventures d’un certain Lucius que par accident sa maîtresse a transformé en âne. Le latiniste Bernard Verten a traduit et annoté le texte latin, dans une mise en page qui en rend la lecture aisée : les notes sont sur la page de gauche et le texte traduit du latin sur la page de droite. Il faut saluer la traduction qui donne à ce récit la saveur des contes ou des mythes, en gardant la richesse des images qui nourrissent toute la symbolicité du texte.

La question est simple :« Qu’est-ce donc que cette « psyché » qui doit s’éveiller d’un sommeil mortel pour entrer dans l’immortalité qui lui est offerte ? Qu’est-ce donc que cet Eros-Amour dont l’union lui assure la béatitude divine ? » Et en quoi le désir participe-t-il d’une voie de connaissance ?

Rappelons à grands traits l’histoire de cette fille de roi qui a deux sœurs à la beauté déjà remarquables. Mais celle de la cadette, Psyché, est si exceptionnelle qu’on la vénérait comme la déesse Aphrodite en personne, qui ne voit pas sans colère ses autels désertés et qui en conçoit une jalousie violente. C’est le ressort narratif certes mais pas seulement. Il y a, nous dit l’auteur, un aspect prophétique dans la jalousie d’Aphrodite, » jalousie de celle qui possède par nature le bien qui n’est pas partageable :  la beauté ». D’autant que Psyché a usurpé le « nom » même de la déesse. Elle n’y trouve aucun bonheur mais se morfond dans sa maison, toujours vierge et sans aucun prétendant.

Vénus prend alors son fils Eros-Cupidon comme l’instrument de sa vengeance et le charge de susciter dans la jeune personne une passion incoercible pour le dernier des hommes. Le roi consulte l’oracle et Apollon lui explique qu’il faut l’exposer sur un rocher pour une noce funèbre avec quelque être « mauvais, cruel, sauvage et vipérin ». Mais au lieu d’être précipitée dans l’abîme, le Zéphir l’emporte dans un locus amueni, (doux gazon, parfums…) où elle découvre le palais d’Eros qui la prend pour femme, de nuit, et la met en garde : elle ne doit pas chercher à voir son mari. Le temps passe, Psyché s’ennuie des siens et d’une compagnie humaine. Le mari amoureux cède aux objurgations de la jeune épouse et accepte qu’elle revoie ses sœurs. Las, celles-ci soupçonnent un bonheur divin, dont elles veulent priver leur cadette. La jalousie qu’elles éprouvent les poussent à de mauvais conseils : vérifier qui est ce monstre qu’elle a pour époux. Psyché succombe alors à la curiosité et découvre à la lumière d’une lampe la beauté sublime de son mari, qu’elle blesse malencontreusement d’une goutte d’huile bouillante. Il disparaît alors, laissant la malheureuse à l’état de fugitive et de surcroît, enceinte. Elle se rend finalement à Vénus qui lui impose quatre épreuves successives assorties ici et là de quelques coups de fouets. Avec l’aide secrète d’Eros, elle surmonte ces épreuves et parvient jusqu’à Zeus qui lui offre la boisson d’immortalité, la rendant semblable aux dieux. Elle peut alors convoler en justes noces après un indissoluble mariage avec l’Amour.

On l’a compris, chacune de ces quatre épreuves est chargée d’un sens symbolique qu’il s’agit de décoder.

Le mot « Psyché » implique l’idée d’un principe vital, un souffle vital qui peut désigner par métaphore la personne même. Quoique latin, l’auteur a préféré le mot grec au latin « anima ». C’est, nous dit l’auteur, que le terme latin n’aurait pas évoqué l’idée « d’individualité personnelle » impliquée dans le terme grec. Psyché est belle, nous dit la fable. Elle est, dit l’auteur, porteuse par sa beauté de l’image de la déesse de l’amour, Vénus. Mais ce n’est l’image que et à ce titre c’est un sacrilège qui demande réparation, la pauvrette doit donc être sacrifiée.

Interprétation : la beauté est un transcendantal. Et même un sur-transcendantal.

Brièvement évoquée par l’auteur, car là n’est pas l’essentiel, l’histoire de la pensée peut pourtant aider les lecteurs potentiels à se familiariser avec ces « transcendantaux » qui sont philosophiquement définis comme des modalités de l’être. Tout commence avec le « vieux Parménide » comme disait Platon, qui l’honorait. Parménide voit que ce qui est, est « un ». L’un, le premier transcendantal dans l’histoire, et l’être sont « convertibles ». Puis vient le vrai, puisque les philosophes cherchent la vérité, pas seulement la sagesse. Et bon dernier historiquement mais premier dans l’ordre ontologique : le Bien ou le Bon. Ce qui est, est nécessairement bon, un, vrai et par conséquent est beau. Et pourtant, on a tardé à intégrer la beauté dans la « table des transcendantaux » (et on doit cette intégration à saint Bonaventure). Or, les transcendantaux ne se conçoivent pas comme une liste dans une improbable « Table » comme disaient les Scolastiques ou leurs commentateurs. Les transcendantaux sont des principes vivants – des « puissances ». Et c’est la grande originalité de la pensée métaphysique de l’auteur qu’il nous donne de comprendre bien mieux que ne saurait le faire l’aride réflexion philosophique ou l’abstraite métaphysique les relations comme la nature de ces puissances vivantes inhérentes à la psyché humaine, et le plus souvent inconscientes. 

Et en particulier de cet hyper transcendantal qui est la Beauté…

L’éveil, puisque la voie du désir est un éveil, c’est donc d’abord l’éveil aux transcendantaux : l’un, le bien, le vrai et le plus caché, la cause : « la cause transcendantale, qui constitue avec les autres transcendantaux l’être des choses, institue leur nécessité en tant qu’êtres créés, nécessité pour eux-mêmes dans la relation ontologique qui fonde leur existence, même dans le déroulement contingent de cette existence ». C’est la langue du métaphysicien. Psyché la met en image. Elle doit apercevoir en acte le transcendantal de l’un. C’est l’objet de la première épreuve, qui met aussi en jeu le transcendantal « cause ».

L’homme seul a le pouvoir de se connaître, autrement dit de connaître quelle est sa « cause propre » (sa causa sui, sa cause de soi) et la cause propre de l’homme c’est « son propre désir d’être ». Mais « il peut reconnaître ce désir comme l’ombre d’un Désir divin qui le créé ». Et cela demande un éveil. C’est tout l’enjeu des épreuves de Psyché lorsqu’elle se voit séparée d’Eros.

Qui donc est Psyché ? Ne déflorons pas au-delà de la bienséance littéraire. Elle est comme la métonymie de la totalité vivante humaine. Simple mortelle divinement belle, Psyché n’est pas aimée. Le mythe montre la dissociation entre l’Amour et la Beauté, dissociation qui est une offense à l’unité divine. C‘est dans le mystère de la divinisation que se retrouve la « Jalousie » de Dieu. « Le désir de soi et le désir de Dieu doivent être rendus à la parfaite unité ». Là encore c’est la langue du métaphysicien. Elle n’a rien d’abscons, il suffit pour la comprendre de suivre la petite jeune fille désemparée, terrifiée, désespérée et au bord du suicide, il suffit d’écouter les « voix invisibles » de la fable, comme celles du palais d’Eros (sans forme corporelle dit la traduction). Au terme des épreuves, il y a la divinisation : il y faudra bien des erreurs, des fautes, beaucoup de larmes et pas mal de coups de fouets.

Qu’est-ce que Psyché ? C’est l’instance de l’âme capable de réception de la beauté divine qu’elle manifeste. Le mythe nous montre quelque chose de la nature humaine que décrit l’Ecriture. Créé par Dieu, à son image, l’homme est d’une beauté divine qui n’est pas de ce monde mais qui est manifestée dans le monde. Le lent éveil de Psyché à ce qu’elle est réellement est la figure de notre propre éveil.

Il n’est nul besoin de savoir ce que sont les transcendantaux pour lire ce livre avec bonheur. C’est le propre du mythe comme aussi sa magie intrinsèque : le système d’images est de soi une parole. Fort bien restituée dans la traduction annotée, cette parole énigmatique déploie son mystère, autrement dit son réseau de significations comme autant de ces « voix invisibles » (sans forme corporelle) qui parlent à Psyché dans le palais d’Eros. Et la servent…

Le mythe parle d’une longue séparation. Pas tant que cela… Il suffit de savoir compter. Au terme de son initiation, Psyché met au monde l’enfant conçu du dieu divinement beau et inconnu. C’est une fille. Elle porte un nom qui n’a rien d’anodin, car tout est signifiant dans le mythe.

Nous le tairons parce qu’il est bon d’attiser la curiosité du lecteur et de susciter le désir de découvrir la voie du Désir.

Moïse et Œdipe

Dans cette série de 10 émissions, diffusées en 2018, 2019, Jean-François nous parle du mythe bien connu d’Œdipe. Bien connu, vraiment ? Vous serez surpris de ce que vous allez entendre, et surtout de comprendre que la vie de Moïse est tout aussi symbolique et « mythique », c’est à dire ayant un sens caché.

Le prochain livre de Jean-François est précisément sur le sujet abordé dans ces émissions. Cliquez ici pour accéder à la page de ce livre.

1 – Moïse et Œdipe
2 – Moïse et Œdipe
3 – Moïse et Œdipe
4 – Moïse et Œdipe
5 – Moïse et Œdipe
6 – Moïse et Œdipe
7 – Moïse et Œdipe
8 – Moïse et Œdipe
9 – Moïse et Œdipe
10 – Moïse et Œdipe

D’Or et de Miel

Le sens de la vie est la question primordiale pour chacun de nous, qu’il commence son itinéraire ou qu’il l’achève.
Ce livre répond à « l’éternelle question » par l’exploration des fondements conceptuels de l’anthropologie.
Les auteurs se réfèrent pour cela aux mythes, particulièrement ceux de la Bible, comme modèles explicateurs dans l’ordre du manifesté ou de l’incarné de ce qui est implicite dans l’invisible.
Ils proposent un modèle anthropologique qui oblige à remettre sur le métier, les questions de la sexualité humaine et de la parole.

La différence sexuelle de même que la différence entre la parole humaine et le Verbe divin ne sont pas constitutives de l’homme ni de la femme dans leurs rapports à l’univers, elles ne sont qu’induites par la limite fondamentale du profane et du sacré qui marque la différence entre la réalité invisible et la réalité visible.
Ce livre ouvre un champ nouveau d’exploration de la vie psychique en s’appuyant sur une méthode expérimentale qui démontre l’existence d’une langue symbolique contenant sa propre épistémologie.

Énigme de la pensée

Cet ouvrage se propose d’introduire une nouvelle façon d’étudier l’anthropologie en l’abordant par le thème de « la pensée » qui n’a pas d’âge, car nous sommes là au cœur de ce qui fait l’« Homme », comme le déclarait Blaise Pascal : « Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête (car ce n’est que l’expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds). Mais je ne puis concevoir l’homme sans pensée : ce serait une pierre ou une brute. »

La pensée humaine est une énigme pour elle-même : comment « penser la pensée » ? Nous sommes nécessairement juges et parties !

Il se trouve que les hommes ont dit à travers les mythes ce qui ne pouvait pas monter immédiatement à leur conscience explicite, faute d’un développement de la logique. C’est pourquoi ils se sont exprimés de façon énigmatique par des récits mythiques parmi lesquels on trouve aussi des récits à caractère « révélé ». L’intuition mythique s’allie fort bien à un développement récent de la logique quaternaire pour rendre explicite des structures où paraissent des termes habituellement non-dits, comme ceux décrivant les « prototypes » a priori inconnaissables, ou encore les « archétypes » à peine entrevus dans la pensée sur les symboles.

Jean-François Froger, parfois avec un co-auteur, produit des essais anthropologiques et théologiques montrant le renouvellement possible d’une pensée reconnaissant sa source d’inspiration.

La voie du désir

Selon le mythe d’Eros et Psyché du conte d’Apulée dans les Métamorphoses ou l’Ane d’or.

La voie du désir selon le mythe d’Eros et Psyché est le cinquième ouvrage de Jean-François FROGER.
L’ouvrage aborde un ancien mythe grec qui traite, à travers le style d’un conte, du problème du désir (Cupidon-Eros) et de l’âme (Psyché). Le conte nous est parvenu par la tradition romanesque d’Apulée, auteur latin du Iie siècle. Pour étudier avec précision les images du mythe, véhiculées par le conte, il fallait disposer d’une traduction nouvelle, dont le souci ne fût pas d’abord littéraire mais sémiotique ; c’est pourquoi on s’appuie ici sur la traduction de Bernard VERTEN qui y a apporté toute l’érudition et la précision nécessaires.

L’ouvrage traite de l’éveil de la vie psychique profonde à l’amour de l’Amour, au désir du Désir.
L’interprétation de toutes ces figures est une introduction au travail intérieur qui conduit de la beauté à l’amour.
La voie du désir est aussi la voie de la métamorphose de la beauté visible en la réalité qu’elle symbolise.